Baptiste Brévart et Guillaume Ettlinger : de Noisiel au Nicaragua

ven 3 déc 2021

Accueilli en résidence au Centre d’art contemporain, le duo d’artistes Baptiste Brévart et Guillaume Ettlinger a fait des objets fabriqués en série le cœur de sa démarche artistique. Dans l’exposition Aterrir, la terre au centre, les deux artistes tissent des liens entre le territoire de Noisiel et celui du volcan Mombacho au Nicaragua par le prisme du chocolat et des objets touristiques.

_Qui êtes-vous ?

 

Baptiste Brévart et Guillaume Ettlinger. Nous travaillons ensemble depuis une dizaine d’année maintenant. Bien qu’ayant nos propres disciplines de prédilections, nous aimons mêler les pratiques artistiques en utilisant plusieurs médiums comme le graphisme ou l’édition et en essayant au maximum de découvrir de nouveaux systèmes de fabrication pour créer de nouveaux objets.

 

_Au sein de l’exposition Aterrir la salle intitulée La vallée aux 120 volcans, est centrée sur le volcan Mombacho. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce volcan ?

 

Julie Sicault Maillé, la commissaire de l’exposition Aterrir, nous a invités pour une résidence de recherche et de création afin de participer à l’exposition au Centre d’art contemporain de la Ferme du Buisson. On s’est alors intéressé à l’histoire de la Ferme, de la famille Menier et du chocolat et cela nous a amené sur le fameux volcan Mombacho…

 

C’est un volcan situé au Nicaragua sur les flancs duquel se trouve « Le Valle Menier », une plantation de cacao installée par la famille Menier dans les années 1850 et dont les fèves qui bénéficiaient de la géologie du volcan étaient de très bonne qualité.

 


Le volcan Mombacho au Nicaragua © Pierre Bodeux

 

On a donc voulu prendre vraiment le Mombacho comme sujet et on s’est amusé à établir des parallèles entre les territoires de Noisiel et celui du volcan notamment par la façon dont il est aujourd’hui utilisé comme une ressource touristique. Le but est de raconter ces territoires entre le chocolat et le tourisme et d’en ramener des souvenirs fictifs via nos petits volcans en plastique qui rappellent un peu les tours Eiffel vendues par les vendeurs à la sauvette, ou via nos affiches qui s’inspirent plus des affiches des compagnies de chemin de fer ou des parcs nationaux américains du milieu du XXe siècle. Tout cela pour construire une narration séquentielle avec ces objets qui sont pareils mais différents. Nous avons rassemblé tout ça et fait une sorte de cuisine pour pouvoir « voyager » au Mombacho et/ou donner envie de le faire à travers la salle d’exposition.

 

_L’aspect « collection » est assez présent au sein de vos oeuvres qui sont toutes composées de plusieurs pièces. Est-ce quelque chose de récurent dans votre travail ?

 

On aime bien travailler et fabriquer des objets qui sont des multiples. Construire des ensembles à partir de plusieurs exemplaires d’un même objet. Des objets qui sont vraiment à la frontière entre l’artisanal par la démarche artistique et de l’industriel par la production en série.

La question du nombre nous intéresse particulièrement. Le but ici c’est d’utiliser cette multiplicité d’objets pour pouvoir composer d’autres images avec des ensembles d’objets distincts. Notre installation des 105 volcans c’est un peu comme un écran de 21 par 5 pixels avec 5 couleurs baveuses.
 


Baptiste Brévart et Guillaume Ettlinger, La vallée aux 120 volcans © Émile Ouroumov

 

 

Il y a quelques années on a monté un projet, Le musée des collections du monde, dans lequel on s’est intéressé aux collections personnelles d’une population d’un territoire. Ce qui nous intéressait là-dedans c’était la manière dont les collections définissent tout un pan historique aussi bien d’un territoire, que d’une culture ou que d’une méthode de fabrication. On a essayé avec ce musée de dresser des inventaires de collections intimes du public comme des timbres, des tailles crayons etc. et on en a tiré un livre qui est en quelque sorte une collection de collections.

 

 

_En écho à votre travail à la Ferme du Buisson, vous avez organisé une soirée diapo et une balade autour du territoire du Mombacho. En que cela consistait-t-il ?

 

La soirée diapo racontait littéralement notre voyage fictif sur les terres du Valle Menier. Cela s’est fait à travers de vraies diapositives qui comportent un ensemble d’images hétéroclites. Il y avait par exemple des captures d’écran de réunions en visio mais aussi des photographies que l’on a faites sur le territoire de Noisiel pour mêler les histoires des deux territoires. Nous avons également travaillé avec Pierre Bodeux, notre archiviste qui par un hasard total est allé documenter la région du Mombacho il y a deux ou trois ans. Et enfin il y avait aussi beaucoup d’images du processus de fabrication des objets de l’exposition.

 

Le voyage était également gustatif puisque nous avons réutilisé le moule qui a servi à fabriquer les volcans en plastique pour faire de la cuisine. Nous avons fait des essais avec des omelettes dans un premier temps, car il y a un lien très fort entre l’œuf et la forme ovale du cratère comme des chemins le parcourant, tmais elles étaient trop baveuses à l’intérieur. Nous nous sommes rabattus sur le chocolat pour faire des fondants qui étaient impeccables. Le chocolat faisait bien sûr écho à l’histoire commune des deux territoires.

 


Fondant au chocolat lors de la soirée diapo © Céline Bertin

 

Pour la balade, l’idée était vraiment de parcourir les 4km de randonnée qui sillonnent les flancs du Mombacho mais ici à Noisiel. Le tracé - qui est celui dessiné sur les murs de l’exposition - était plus ou moins le même en fonction des spécificités géographiques et l’objectif était de discuter de l’histoire du volcan tout en se baladant sur ses sentiers ici même.

 

C’est un projet qui nous tient à cœur parce qu’il rassemblait vraiment ce qu’on éprouve en temps de résidence sur un territoire déterminé et ce qu’on y produit. Parfois c’est un peu frustrant parce qu’on peut ressentir une forme de déconnexion mais ici tout s’ancrait complétement dans le territoire sur lequel nous agissions.