Jeanne Balibar, chanteuse, dans ses œuvres, de Niort à Tokyo. Enregistrement de son album, Paramour ; répétition pour La Périchole ; fragments de concerts. Le titre, Ne change rien, pourrait être une injonction adressée par Pedro Costa à lui-même : quel que soit le « sujet » du film, ne change rien à ta manière de filmer. Alors, il observe la Balibar comme il observait Ventura, personnage des misérables quartiers capverdiens de Lisbonne dans En avant jeunesse ! Avec la même exigence d’exactitude. C’est dire combien Ne change rien se situe à l’opposé des concerts filmés avec force grue et inserts. Pas de caméra sauvage escaladant le plateau, pas de cadrages déhanchés dans un montage bling bling, mais de longs plans fixes, qui jouent pleinement de la stylisation du noir et blanc et font percevoir le moindre souffle du « sujet ». « Ce n’est pas une mise en scène, dira modestement Pedro Costa. Il y a un cadre, celui des concerts. Jeanne est libre. Une entité que je ne dirige pas. J’ai juste agencé des formes. » Derrière l’effacement apparent de « l’agenceur » se cache une bataille de chaque instant pour éliminer ce qui parasiterait le propos, un soin extrême pour dessiner le seul cadre qui vaille, trouver l’angle juste, celui qui ne se contente pas de composer une image, mais fait entendre sa durée dans sa plénitude.
Tarifs cinéma habituels












