TOUS LES EXTRAITS DE PRESSE : Spectacle vivant
"House of Sleeping Beauties, d’après Les Belles Endormies, de l’écrivain Yasunaru kawabata, est un spectacle magnifique, qui a peu à voir avec l’opéra traditionnel. Musique, texte, image, lumière, espace, mouvement s’y fondent de manière organique, en un art total. Cassiers tisse une toile multisensorielle et palpitante, splendide traduction scénique de l’art subtil et sensuel de Kawabata"
Le Monde, Fabienne Darge, mai 2009
"… Une fois encore barbara Hannigan, cristalline et aérienne, déjouant les pièges musicaux les plus complexes, fait une création inoubliable. Et une fabuleuse danseuse (Kaori Ito) transforme le rêve en réalité."
Les Echos, Michel Parouty, mai 2009
"Cet opéra de Kris Defoort et Guy Cassiers constitue incontestablement une belle aventure sensorielle. le spectateur se retrouve "ailleurs" comme impliqué lui-même dans les "nuits"du protagoniste… La scénographie est fascinante… la musique participe de l’envoûtement, elle est riche en atmosphère. Cette fois encore, la dimension multisensorielle de la mise en scène de Guy Cassiers assure et la révélation et la sauvegarde de mystères humains essentiels"
Le Jeudi, Pierre bouchet, mai 2009
"Un lyrisme libre et éclatant des "Belles Endormies"… l’ensemble Akso/Schönberg offre de cette patition une version lumineuse et forte. L’écriture vocal est tout aussi convaincante , confié à un chÅ“ur de quatre femmes…"
La Libre, Martine D. Mergeay, mai 2009
"Créé le 8 mai dernier à la Monnaie, à Bruxelles, dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts, Les Belles Endormies, d’après Kawabata, mis en musique par Kris Defoort et en scène par Guy Cassiers, est à l’affiche des festivals Musica à la Filature, à Mulhouse, et Temps d’images, à la Ferme du Buisson, à Marne-la-Vallée.
Dans sa version originale, l’opéra de Kris Defoort, Guy Cassiers et Marianne Van Kerkhoven adapté du roman de Kawabata Les Belles Endormies, se nomme House Of The Sleeping Beauties (Maison des belles endormies). La différence avec le français est notable – signalons que les Allemands ont choisi, comme les Français, Die Schlafenden Schönen, alors que les traducteurs italiens optaient, comme les Britanniques, pour La Casa delle belle addormentate. Quoi qu’il en soit, House Of The Sleeping Beauties place la maison – le « bordel », dit plus crûment Marianne Van Kerkhoven – au centre du plateau. Elle est un lieu de dilatation des sensations à travers la rencontre entre ses pensionnaires d’un soir : des adolescentes anonymes, chaque nuit différentes, plongées dans un sommeil artificiel, et un vieil homme qui explore leur corps de l’œil et du doigt, chaque geste déclenchant l’évocation d’un moment du passé.
Guy Cassiers constitue la scène en « maison ». Non pas une maison close, mais une maison ouverte, comme une composition florale tournée vers le public, déployée aussi bien dans l’horizontalité du plateau que dans sa verticalité. En fond de scène, trois bandes superposées au format écran large disposent trois niveaux de lecture ascendants. L’entresol/premier étage est habité par le théâtre – parlé ou chanté –, le deuxième par la danse (chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui), et le troisième par la vidéo (Arjen Klerx). La musique (Kris Defoort) et les voix occupent la quatrième dimension, celle de l’air qu’aspirent et expirent les personnages et les choeurs. Les spectateurs sont face à une véritable grille (hauteur, largeur et profondeur) qui n’est pas sans évoquer une lecture à la japonaise, d’autant que la danseuse, Kaori Ito, joue de son corps au ralenti, comme d’un pinceau suspendu en l’air, qui tracerait et retracerait sans cesse les idéogrammes du désir et de la mort.
Comme le roman, l’opéra se déroule en trois nuits. Trois visites dans l’antichambre du tombeau, qui sont aussi trois érections remises sur le métier par le vieil homme, trois tentatives d’entrouvrir, en des gestes d’une inconvenance marquante, les portes d’un présent où se précipitent les émanations du passé. Le corps muet des jeunes filles est un clavier dont les notes évoquent d’autres jeunes filles, d’autres âges, la nostalgie et la perte, narrées par un chÅ“ur, tout de sensualité distante. Le sommeil est approche de la mort, son expérimentation, une tentative de la secouer avant terme pour lui arracher des fragments de mémoire, bribe à bribe. On sait, après ses adaptations de Proust et Brouwers notamment, la place de la mémoire dans l’œuvre de Guy Cassiers – et ici, passé et présent glissent les uns sur les autres comme les panneaux coulissants d’un Japon dont on n’aurait retenu que des composants, comme les fondus enchaînés des images, dans un continuum visuel et sonore, où Kris Defoort excelle à convoquer des climats musicaux inattendus, en écho à la violence des pulsions et des éléments naturels – parfois jusqu’au « vérisme », dira son homologue Philippe Boesmans. Dans ses ruptures de couleurs prononcées, la musique est l’autre dimension qui maintient l’excitation avec l’éveil, dessine l’infini spectre du vivant. L’hymne aux sens résiste au lent engourdissement de l’âge, il est un dernier chant avant l’oubli.
Comme le remarquable The Woman Who Walked Into Doors – premier opéra du tandem Cassiers/Defoort (2001) –, Les Belles Endormies, éclaire les mises en scène « théâtrales » de Guy Cassiers. Il sera désormais difficile d’ignorer à quel point elles tendent vers l’opéra, autant par la fonction musicale des voix que par la convocation de tous les arts en scène. La « maison » des Belles endormies n’est pas seulement le lieu de rendez-vous du vieil homme avec la jeunesse, elle est aussi celui des arts les plus anciens, comme le poème chanté, et des plus récents, comme la vidéo, la mise en jeu de leurs combinaisons et de leurs explorations mutuelles, chacune rehaussant l’autre dans la renaissance de la scène."
Mouvement.net, Jean-Louis Perrier, septembre 2009

