Discours

Gardarem lo moral !

ven 31 août 2018

Il est des moments où nous rêverions d’être comme Pangloss, le précepteur de Candide, qui pour chaque difficulté affrontée trouve la raison suffisante qui la justifie. Et se persuade que tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles. De l’optimisme il en faut, en effet, quand l’avenir paraît bien sombre et qu’un épais brouillard d’incertitudes empêche de se projeter vers l’avant. Quand les fondations vacillent et que le travail accompli ne semble guère peser en face de décisions qui nous impactent mais ne nous appartiennent pas.

Vous l’aurez compris avec cette entrée en matière, la Ferme du Buisson navigue aujourd’hui par (très) mauvais temps. Dans un contexte de fortes tensions sur les finances des collectivités locales, le socle des contributions publiques qui lui sert à développer ses activités n’a cessé de diminuer depuis 2014 et atteint aujourd’hui un seuil critique. En bons disciples de Pangloss, nous avons d’abord fait de notre mieux pour colmater la brèche budgétaire. En diminuant de manière drastique nos charges fixes, en recherchant projet par projet de nouvelles ressources, en multipliant les collaborations et les partenariats...

Notre ambition était alors de préserver, dans toutes ses dimensions, le volume et l’étendue du projet de la Ferme du Buisson, de maintenir la voilure en attendant les éclaircies. Il en allait de notre responsabilité envers les artistes et les habitants de ce territoire et de notre conception d’un service public de la culture implantée en grande couronne.

À la veille de cette nouvelle saison, que nous avons voulue aussi riche et foisonnante que les précédentes, force est de constater que l’horizon ne s’est toujours pas éclairci. Sans une remise à flot progressive, la Ferme du Buisson ne pourra bientôt plus mener à bien les missions qui lui sont assignées. Plus de cette manière en tout cas. Il faudra alors transformer notre action, l’adapter aux réalités budgétaires. L’exercice peut avoir du bon et stimuler la créativité. Mais que l’on ne s’y trompe pas, sous le vernis de la novlangue, les formules comme reconfiguration du projet, redéfinition des priorités signifient bien la réduction, voire l’abandon de pans entiers de nos activités. Et ce qui risque d’être perdu bientôt ne se reconstruira pas de sitôt. 

La Ferme du Buisson est une chance pour ce territoire. Elle l’anime, au service de ses habitants, et le fait rayonner. Nous appelons donc, avec ferveur, à une concertation de ceux qui président à sa destinée. Pour qu’ils prennent en conscience les meilleures décisions pour son avenir. Afin qu’ensemble, artistes, habitants et forces vives de ce territoire, nous puissions, à l’instar de Candide, continuer à cultiver notre jardin dans ce lieu magique et singulier.
 


Vincent Eches
directeur de la Ferme du Buisson

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