Détours

Créer des recettes à partir de poèmes

4 mains pour 4 convives

mar 14 nov 2017

Pour son exposition Tamam Shud au Centre d'art, l'artiste Alex Cecchetti a fait appel à une cheffe cuisinière pour composer les Dîners aux poèmes. Formée dans la prestigieuse école de cuisine Ferrandi et auprès des plus grands chefs, on dit de Chloé Charles qu'elle est l'étoile montante de la gastronomie française. À 30 ans, elle n'a pas encore de restaurant mais fourmille d'activités. 

Comment es-tu arrivée à collaborer avec Alex Cecchetti ?

C'est toute une histoire ! Tout a commencé à Montréal. Quelqu'un m'a mis en contact avec une personne qui savait qu'un artiste contemporain cherchait un chef cuisinier pour une performance. Et j'avais envie d'en savoir plus. J'aime l'idée de sortir de l'univers de la gastronomie qui est assez petit et fermé. Ça ouvre l'esprit et ça permet de repenser ce que tu es en train de faire. De réfléchir différemment et d'enlever les œillères.


Qu'est-ce que l'artiste t'a dit de son projet ?

En fait, je le découvre petit à petit. Il ne m'a pas trop parlé de l'exposition. Il est directement rentré dans le vif du sujet, à savoir le repas. Il m'a montré ses carnets, je lui ai montré les miens. Il y a quelques recettes dans ses cahiers et quelques dessins dans les miens... Lui a une problématique très visuelle. Moi, je crée d'abord par rapport à des goûts, et ensuite, je rends ça joli. Là, j'ai totalement fait le contraire.

 

Alors, pourquoi as-tu dit oui à sa proposition ?

Parce que c'est un dîner hors du commun. Pour un chef, faire un dîner pour seulement quatre convives, c'est vraiment exceptionnel. Et il s'agit de créer des recettes à partir de poèmes écrits par l'artiste. C'est tout de suite moins pragmatique.

 

Justement, comment as-tu fait pour interpréter ces poèmes ?

Alex m'a expliqué ses poèmes. Il en a écrit deux pour l'entrée, deux pour le plat principal et deux pour le dessert.  L'un des poèmes dit :

"Puisque le soleil n'est plus un disque d'or tiré par des chevaux
Mais une étoile
On ne sait pas ce qui est arrivé aux chevaux.
"

Je me demandais bien comment j'allais faire un dessert avec ça... J'ai eu besoin de ses explications, nous avons créé ensemble. Il m'a orienté. Par exemple, pour le deuxième dessert, il voulait un baba à cause de sa forme évocatrice. C'est assez sexuel, alors je lui ai proposé de le farcir avec de la crème pour aller jusqu'au bout de l'idée. C'est drôle de faire ce genre de truc dans ce contexte particulier ! D'imaginer des choses que l'on ne peut pas se permettre habituellement. En totale liberté. C'est très créatif.

 

Finalement, ce dîner, c'est la rencontre de deux artistes ?

C'est une vaste question. Est-ce que le cuisinier est un artiste ? Je ne sais pas. Pour moi l'artiste amène les gens à se questionner. Alors que le cuisinier est là pour procurer du plaisir. Mais comme on peut être marqué par un livre, un film, une œuvre, une soirée dans un grand resto laisse toujours des souvenirs.